Aller au contenu principal

Richard Rognet, choix de poèmes

septembre 29, 2020

Je suis passé chez
toi. Personne. J’ai
embrassé ton absence,

puis griffonné, sur
un papier froissé,
que j’avais cueilli

une primevère,dans
un de tes jardinets,
j’ai noté aussi
qu’un chat blanc

et noir était venu
se blottir contre
mes jambes. Ces

mots, je les ai glissés
sous ta porte- sans
ajouter que je t’aimais.

*
*

La nuit répand ses voiles
sur des lueurs qui ne meurent pas,
la nuit joueuse, la nuit gourmande,
la nuit qui aime la lumière, comme
j’aime ces lieux où mon enfance
reflétait la couleur des saisons.

*
*

Il reste toujours quelque chose des amours mortes ou perdues,
un regard sur les prés,
sur une fleur qui penche vers le soir,
sur les montagnes qui émergent après les brumes du matin,
il reste toujours sous nos paupières,
des rêves inachevés,
des souvenirs de neige ou d’étoiles filantes
comptées dans les nuits d’août,

il reste aussi quelques fenêtres entrouvertes sur les averses d’été qui sentent si bon
qu’on se sent proche d’un nouvel amour,
d’un amour tranquille et brûlant à la fois,
qui tremblerait à la lisière du temps
comme un dernier sourire,
avant de s’en aller.

*
*

Regarde où l’automne pose ses pas sur les
feuilles humides, et les oiseaux, regarde
où ils s’assemblent pour que le jour se
colore et reçoive du ciel une sincère

offrande. Tu es seul, chez toi, mais tu sens
que la vie a les accents de l’amour lorsque,
par la fenêtre de ta cuisine, tu aperçois,
dans son jardin, une femme courbée sur des

fleurs un peu lasses. Les brumes, au loin,
se défont. Un chien aboie. Le monde devient
lisible. N’oublie pas cette femme penchée

sur ses fleurs, et n’oublie pas non plus
cette mélancolie qui donne au temps qui
passe la douceur d’une étreinte imprévue.

*
*

Le soleil, humble encore apporte un peu de vie
Au jour que l’hiver enferme dans le gel
On voit d’instables clartés sur les murs des maisons muettes
La forêt, lentement, sort des brumes
On sent qu’une douceur s’approche
Avec l’innocence d’un sourire hésitant.
Entre le silence et le temps qui passe,
Il y a comme un vide où l’on voudrait se blottir,
Un nid qu’auraient construit les souvenirs lointains
Qui remontent avec eux, du fond de la mémoire,
Les étourdissantes amours qu’on avait oubliées,
Mais qu’on serait à même aujourd’hui,
De revivre avec le secours du soleil
Qui revient brosser les arbres engourdis
Et ratisser le gris du ciel.

*
*

Je maintiens l’identité,
mais en la dédaignant,
les majuscules de la nuit
animent une ombre vaine,
ma place avale ma durée,
je m’alourdis d’un ciel
qui sait que sa chute est mon centre.

Comment vont-ils se rencontrer
ceux qui se pressent
en mes paroles ?
Comment faire leur jeu sans dénoncer
l’emplacement que ma naissance a laissé vide ?

Interroger tous les côtés,
faire semblant, remplir mon nom,
rester au bord de l’écriture,
m’obliger à l’amour d’une fausse douceur,
me dire clair, offrir, attribuer,
parler de conséquence
alors que le passé ne se prononce pas.

Rien de ce que je suis ne me fut accordé,
j’étais mis à l’écart dès ma première phrase,
lorsque je veux mourir, c’est un mot qui surgit
et la mort vit sans moi qui la garde en réserve.

*

Biographie de Richard Rognet :

Spasmes, 1966
Tant qu’on fera Noël, les Paragraphes littéraires de Paris, 1971
L’Épouse émiettée, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1977, prix Charles Vildrac 1978
Les Ombres du doute, Belfond, 1979
Petits poèmes en fraude, Gallimard, 1980
L’Éternel Détour, Le Verbe et l’Empreinte, 1983
Le Transi, Belfond, 1985, prix Louise-Labé 1985
Je suis cet homme, Belfond, 1988, prix Max-Jacob 1989
Maurice, amoroso, Belfond, 1991
Recours à l’abandon, Gallimard, 1992
Recul de la mélancolie, Amis de Hors Jeu, 1994
Chemin Bernard, Le verbe et l’empreinte, 1995
Lutteur sans triomphe, L’Estocade, 1996, prix Apollinaire 1997
La Jambe coupée d’Arthur Rimbaud, éd. Voix-Richard Meier, 1997
L’Ouvreuse du Parnasse, Le Cherche Midi, 1998
Seigneur vocabulaire, La Différence, 1998
Juste le temps de s’effacer suivi de Ni toi ni personne, Le Cherche Midi, 2002
Belles, en moi, belle, La Différence, 2002
Dérive du voyageur, Gallimard, 2003
Le Visiteur délivré, Gallimard, 2005
Le Promeneur et ses ombres, Gallimard, 2007
Un peu d’ombre sera la réponse, Gallimard, 2009
Élégies pour le temps de vivre, Gallimard, 2012
Dans les méandres des saisons, Gallimard, 2014
Les Frôlements infinis du monde, Gallimard, 2018
La Jambe coupée d’Arthur Rimbaud, L’Herbe qui tremble, 2019


© Tous droits réservés

Extraits de « ardentes patiences » – Sophie Brassart

septembre 29, 2020

Ardentes Patiences est disponible en librairie mais aussi sur le site des éditions Tarmac C’EST ICI
<br id="monbr" /



Tarmac éditions
Octobre 2020

**

Je deviens homme, femme, enfant

L’air forme les courbes
Ou l’insolence de mes cheveux défaits

Cependant j’approche ce qui m’entoure, j’approche
du brasier

Dehors

Une porte chétive se ferme

au chant mourant de l’écume

**

Qu’y a-t-il dans le mot
Connaître

Il arrive aux vergers de croiser
des hommes
frôlant d’infinis sens

Aux ronces de pénétrer
le regard clair du chien

**

Souvent j’ai les doigts jaunis d’ignorance

Ils tombent un à un

Pas un jour sans transparence

**

Diffractées
les portes des boutiques
les urines chaudes de la rage

Un reflet coule des graffitis
en osmose
par la tension de l’arbre

Et l’arbre renchérit
quelque chose de nous

Plus proche – dans l’immensité



© Tous droits réservés

Clara Regy, extraits de Ourlets II (éditions Lanskine, 2020)

septembre 29, 2020


Ourlets II Lanskine 2019 (extraits)

Page de gauche

mis les plaquettes Catch anti-mouches
achat de nouveaux mocassins
messe pour mon épouse
neige glisse à la supérette

.
*
.

page de droite

tu cramponnes le temps au creux des arrosoirs
sans doute un peu moins pleins
la pomme fait semblant
de pleurer davantage
au dessus des patates
dans le creux de la terre

hier tes bras forts
pour arracher au puits
mon jeune corps
maladroit et stupide
imprudente Ophélie

.
*
.

page de gauche

messe avec les compagnons du devoir tailleurs de pierre
la Guillemette en crue
repiqué les scaroles
à côté des poules

.
*
.

page de droite

la boulangère vient d’un pays lointain
elle est belle tu dis
ronde souriante
l’été montre ses bras
son corps

le poids précis
des piécettes
même les jaunes
dans ta main
pour un sourire
ouvert
au dessus
de la blouse parme
et
le pain

.
*
.

page de gauche

retour par les vignes chemin en mauvais état
10 mai mariage de jeunes filles homos
Françoise pour ses souliers
panne de télé à 19h45

.
*
.

page de droite

2 jeunes poules rousses
au destin incertain
découvrent leurs appartements

le sol de sable
parfaitement lisse
s’écarte
sous leurs pattes jaunes
ergots tendus vers le ciel
caquets joyeux
dans la cabane

et ton sourire

.
*
.

page de gauche

5 juin
la minette avec 5 chatons sur
le fauteuil
enterré les chatons

.
*
.

page de droite

la Marseillaise
crépite
dans la cuisine sombre
une médaille d’or
la France a gagné

héros du jour
posé sur la plus haute marche
reniflant
au nom de ses ancêtres

tu es heureux

la Marseillaise
pardonne
aux enfants
de toutes les couleurs



© Tous droits réservés

Extraits de « Feu-poèmes gilets jaunes » Cathy Jurado et Laurent Thinès (Editions Le Temps des Cerises)

septembre 14, 2020



© Tous droits réservés

Marine Firmin – Anathèmes

septembre 7, 2020
Nos pavés communs effeuillés
Nos bobines redéployées
Proposons d’autres images
Pour leur vacance

*

Tu sèmes
Des accords
Contre ordre
La folie
Jette le jardin
Dans la cour

*

Belle et timbrée comme ta voie
Je poste des paroles
En contrée scintillante

*

Barbarie de ton sourire
Organique
Comme une église dans la forêt

*

En août l’eau glacée
Coule tiède
Comme une main sans force
Les poings laissés
Ouverts rêvant
La cinquième saison

*

Tu coules toujours dans mes artères
Tu roules toujours de mes paupières
Quand je t’appelle
Tu fous le feu au camp

*

Te toucher ici
Réinvente là-bas


© Tous droits réservés

Julia Lepère – Je ressemble à une cérémonie

juillet 20, 2020




À la lisière


Depuis que nos mains sont obscurcies, nous fouillons les bois à la recherche d’un nom. Sur toutes les feuilles, une empreinte glisse et fuit

*

Le fossé que nous ne pouvons franchir


(Et les branches autour

Aiguisent, ton doigt)


Ce fossé, c’est nous, et la joie

En dehors du fossé de nous n’existe pas




Tu disais cela

***

Mélusine


Au cœur de ton visage je défais la poussière

me donnant la caresse exiguë que les arbres refusent


Je ressemble à une cérémonie




que les fleurs encerclent que les lumières cernent que les paroles
oublient

*

À présent que tout s’est tu, nos mains voudraient combler la fissure, notre foyer. À la place elles font des bruits de feu dans les cendres, un aigle en forme de femme tourne et chute au-dessus de nous comme une rivière. À travers la fissure, nous regardons la mer nous emporter.

***

Mues de Carthage


Carthage


Mon amour, je dis

Comme à n’importe qui

Si nous un jour nous nous

En allions

Vers à travers la mer

*

Je mets dans une maison de la ville neuve

Des choses que Carthage mange

À moins que les choses neuves ne

Mangent

Carthage


Intacte




Pour vous procurer le livre, C’EST ICI


© tous droits réservés

Paul Celan – Marc Guillaumat

juillet 9, 2020



ICH KANN DICH NOCH SEHEN : ein Echo
ertastabar mit Fühl-
wörten, am Abschieds-
grat.

Dein Gesicht scheut leise,
wenn es auf einmal
lampenhaft hell wird
in mir, an der Stelle,
wo man am schmetzlisten Nie sagt.




JE PEUX ENCORE TE VOIR : un écho
que l’on peut toucher avec les mots
du sentir, à l’arête de
l’adieu.

Ton visage tremble légèrement
quand soudain tel une lampe
il devient clair en moi,
à l’endroit où l’on dit le plus douloureusement « jamais ».

(Traduction libre)


©Image Marc Guillaumat
©Texte Paul Celan

Lettre absente – Jean Gabriel Cosculluela

juin 22, 2020
à Sabine Huynh
en pensant à Georges Perec


Il est temps que la pierre veuille fleurir
que le cœur palpite pour l’inquiétude.
Il est temps qu’il soit temps.
Il est temps.


Paul Celan
trad. Valérie Briet


Ne pas oublier.
Ne pas oublier
de retenir
la nuit,
même si une lettre
est absente,
une lettre
est absente
pour presque dire
le secret
de leur absence,
leur disparition.

Nous revenons
sur l’oeil
de cette lettre
pour retenir
la nuit
dans l’approche
de quelques mots,
en bas,
eux aussi un temps
disparus,

eux disparus,

je n’ai pas de souvenir d’enfance,

que ces mots déchirent les pages, tracent leurs sillons noirs dans la vie même, mots brûlants d’une vertu qui ne s’éteindrait jamais.°

Nous retrouvons
leurs vies,
sa vie
en lisant
l’oeil
de la lettre,
l’approche
de la lettre,
l’air
qui leur manqua,
le talus
de la lettre
comme de ciel
à terre,
une lettre,
un mot peut-être
touchés
de mort,
ostinato,
reste un chant
de deuil,
un alphabet
inouï,
amuï,
e,
noir sur blanc,
de leur voix
déjà à l’approche
du silence.
La lettre
absente
est la vie secrète
du silence.

Nous reste
la typographie
de la lettre absente
(…)
une espace °°,
un blanc,
puis d’autres lettres,
d’autres mots,
peu,
comment nommer
un trou de mémoire
tout contre l’oubli,
le manque,
l’insupportable.

La typographie
est
renverse du souffle,
contrainte de lumière.

Nous revenons
lire
les sillons noirs
dans la vie même.



8 mars – 20 avril 2020


avec des mots de Paul Celan, Georges Perec, Sabine Huynh

en écoutant Kaddish de Maurice Ravel

° Georges Perec, noté sur une feuille blanche, 10 novembre 1968

°° En typographie, on parle d’une espace (au féminin) pour signifier un blanc entre deux lettres ou deux mots.


© tous droits réservés



Swing – N

juin 22, 2020



Négro
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Tu vois bien qu’j’ai les deux pieds dans le piège
Il paraîtrait qu’j’ai pas le bon faciès (eh négro)

Pour avoir le droit d’m’asseoir à leur siège
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Toujours en sprint, on court après les pièces
Ils aimeraient qu’on se taise ou bien qu’on acquiesce (nan)
Ce matin à mon reflet, j’ai dit : « Qui est-ce ? » (négro)

« Qui est-ce ? » (négro)
« Qui est-ce ? » (qui es-tu ?)
« Qui est-ce ? » (qui es-tu ?)
Wow, wow

Tu le sais boy, la peur, le mal du siècle
J’irai pas chercher l’espoir dans un cierge
J’attendais juste que demain devienne hier
Tout ce temps, j’ai fait preuve de trop d’gentillesse

Réconfort trouvé dans poignée de billets
Ils aimeraient qu’j’ai l’ego réduit en miettes
Apparemment sur leur plate-bande, j’empiète
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Tous esclave

Négro
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Tu vois bien qu’j’ai les deux pieds dans le piège
Il paraîtrait qu’j’ai pas le bon faciès (eh négro)
Pour avoir le droit d’m’asseoir à leur siège
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Toujours en sprint, on court après les pièces
Ils aimeraient qu’on se taise ou bien qu’on acquiesce (nan)
Ce matin à mon reflet, j’ai dit : « Qui est-ce ? » (négro)

La peine m’a prise dans ses filets, ma haine dans un mouchoir imbibé
Moi qui croyait qu’je l’méritais, les chaines du pouvoir sont bien huilées
Entouré d’esprits étriqués, viens pas me parler d’équité
Dans le fond, personne sait qui t’es mais le coupable s’ra vite désigné
J’ai vu leurs doigts vers moi déviés, commandé par fausses certitudes
Vestiges d’anciennes peurs héritées, réduisent hommes noirs à servitude

Négro
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Tu vois bien qu’j’ai les deux pieds dans le piègeIl paraîtrait que j’ai pas le bon faciès (eh négro)

Pour avoir le droit d’m’asseoir à leur siège

Négro
Me demande pas pourquoi l’avenir m’inquiète
Toujours en sprint, on court après les pièces
Ils aimeraient qu’on se taise ou bien qu’on acquiesce (nan)
Ce matin à mon reflet j’ai dit : « Qui est-ce ? »

Négro
« Qui est-ce ? » (négro)
« Qui est-ce ? » (qui es-tu ?)
« Qui est-ce ? » (qui es-tu ?)
Tous esclave

5 auteurs des éditions La Crypte

juin 10, 2020



les maisons du détour, Pierre Auban, La Crypte 2020

C’est la maison de la mer avec ses bois vieillis,
un obsolète accastillage, des chansons crues,
l’ivresse, les ivresses, image un peu fanée que défendent des hommes
aux barbes teintes au sang du dernier requin pêché. Par jeu.
La septième maison est de joies vrillées de peines rudes.
On y connaît la mort.
On n’en parle jamais.
C’est la maison de la mer qui ne voit terre que de loin,
où l’on ne se repose jamais non plus,
par magie et pour effrayer les monstres.

Elle aussi m’est interdite.
Je ne suis pas assez sauvage pour vivre loin des îles.
Parfois un marin me fait signe avec sa corne de brume ;
alors je rêve qu’ils m’aiment peut-être un peu
les marins de la septième maison et j’ai l’espoir de les rejoindre un jour
dans la brutalité, dans la férocité certes,
mais loin de certaines mesquineries citadines, terriennes,
en fait, plus près des Dieux.
Cet espoir de l’Océan nourrit mes jours, mes heures
mes sommeils égarés.
Oui, patience. Plus tard tu vivras dans la septième maison
hauturier sans retour.

Pourquoi toujours la mer et si loin d’elle ?
Il est bien de rocs, le gouffre de l’errant.
Il ne sait plus où est la vague.
C’est cela, la punition.
Mais ajouter à cela l’angoisse de tous les matins,
c’est la torture.
Pourquoi cette angoisse puisque demeure l’espérance des vrais lieux ?
Pourquoi gens de mer me faire attendre aussi longtemps
pour partager le repas dans la septième maison ?
Un rêve m’a dit que plus je poserai de questions
plus rares seront les réponses.
Et il m’arrive d’être désespéré.
Mer, ne sois jamais
mon propre silence.

Je consacre à la mer toutes mes joies.
À la maison de la mer vont, nombreuses, mes pensées.
Aux marins, mon amitié.
Si je ne puis encore honorer véritablement la mer
je m’y prépare.
Dans la plus sereine humilité,
dans le plus brésillant orgueil.
La septième maison m’attende
La mer attend ma pureté.


——————-
éclair éclat erre, Florent Dumontier, La Crypte 2020

Sur la table qui n’est qu’en rêve, la lumière, dévêtue, n’éclaire plus.

Manque une image que les yeux ne veulent pas donner :

Tout le clair, rassemblé, se tarit dans le vase muet de la nuit.

Si le bleu s’épuise. Tu es, peu d’aisance, pour tenir l’anse des astres,

Où la mort défausse ton regard, parmi les décombres, décape le corps, avec un bruit, de verre jeté vers le sol.

Défroisse une autre fois l’ombre étroite contre toi ;

Tu puiseras les gravats

D’un ciel soucieux de pulvériser l’oeil, sans image, sur un fond de vase.



——————-
vers cela qui n’est pas, Michel Bourçon, La Crypte 2020

marcher pour ne pas
perdre pied

se cramponner
au feuillage mouvant des arbres
au sillage blanc des avions
aux mots qui confinent l’univers

à tout ce qui se tait
et parle en nous

ne pas se retourner
sur le chemin parcouru
de peur que le sentier
ne soit plus là.


——————–

Origine Horizon, Stanislas Cazeneuve, La Crypte 2020

Pour prendre visage. Je voulais m’approcher de la fenêtre. De l’envol du ciel pâle. Comme les souvenirs. Je ne sais m’effacer. Ni revivre. Je demeure un pays de changement d’heures. Lentement enfoui. Qui regarde briller et mourir les verreries de l’été. Mourir le corps distancié du désir. Les illusions qui mutilent. Mon ciel est celui des yeux fermés. Qui fixent la musique.
La clarté des questions. La passion d’être improductif. C’est le rien qui décrète. Où étoile le sentiment de la vie. Et les mots pour l’écrire.
Je suis un cantique plus qu’un visage.


———————–

Le Mal des aquariums, Thomas Chapelon, La Crypte 2020

Comme cela s’efface et se répète

Dans l’aquarium vide,
Surgissent des rochers

Une aisance


Terrestre sentiment géologique ?

Viennent de surgir

Deux milliards d’années ensevelies,

Nous l’étudierons,

Les enfants jouent dans les déblais de ce qui
N’a été encore appris

Sans communauté de sens

Aucune parole.


As that’s erased and repeated

In the empty aquarium,
Arise some rocks

Some ease


Terrestrial geological feeling?

Have just arisen

Two billion buried years,

We’ll study it,

Children play in the rubble of what
Has not yet been learnt

Without community of sense

No talking.



Tous ces livres sont disponibles en passant par le site des éditions La Crypte ICI

Un article sur Christian Marsan, aux commandes des éditions La Crypte ICI


© Tous droits réservés

%d blogueurs aiment cette page :